On confond souvent former et transmettre. Ce sont pourtant deux métiers différents, et l’IA oblige aujourd’hui à les distinguer.
Deux façons d’apprendre à quelqu’un
Le formateur rend quelqu’un capable. Il fait passer un savoir explicite, structuré et évaluable, ouvert à tous, dans une relation limitée dans le temps. Un autre formateur, avec le même support, obtiendrait en principe le même résultat.
Le transmetteur fait de quelqu’un un héritier. Son savoir est souvent tacite : il ne s’écrit pas, il se vit. La relation est longue et personnelle, et c’est lui qui choisit à qui il transmet. Il donne un savoir-faire, mais aussi un jugement, une posture et une légitimité. Ce qui compte, c’est « de qui tu le tiens ».
Ce que l’IA va remplacer
Tout ce qui définit la formation correspond à ce que l’IA fait déjà bien : expliquer, faire pratiquer, évaluer, s’adapter à chacun, répondre à toute heure. Pour les formations techniques ou réglementaires, la substitution a commencé. J’en ai fait l’expérience moi-même sur AWS Skill Builder, avec un cours de niveau avancé animé par une « experte numérique virtuelle » : souriante, technique, à jour et gratuite.
La transmission, elle, résiste. Une IA n’a pas de lignée, ne met pas ses apprenants en relation et n’a pas vécu ce qu’elle enseigne. Elle fournit l’information, pas l’héritage.
Le métier de formateur va donc se scinder en deux : le contenu sera automatisé, tandis que la relation, la posture et l’expérience vécue prendront plus de valeur.
Optimiser l’une, valoriser l’autre
La formation est un coût à optimiser. Son contenu est reproductible et se déploie à grande échelle à un coût marginal presque nul, grâce à l’e-learning, aux avatars IA et aux parcours adaptatifs. On la mesure au coût par apprenant et au taux de certification. C’est une économie du volume.
La transmission est une valeur à protéger. Elle repose sur une ressource rare : une personne expérimentée et son temps. Elle produit des experts, des successeurs et une culture, ce qui évite à une organisation de perdre son savoir quand quelqu’un part. C’est une économie de la rareté.
Le piège serait d’appliquer à la transmission la logique de la formation. En réduisant le mentorat à des contenus enregistrés, on garde l’information et on perd l’essentiel : le jugement, la posture, la confiance.
Ce que cela change pour les formateurs
- Industrialiser le contenu avec l’IA, pour le rendre accessible au plus grand nombre.
- Valoriser la transmission : coaching, accompagnement terrain, mentorat, communautés de praticiens. C’est là que l’humain reste irremplaçable.
Le formateur qui se contente de dérouler des slides est menacé. Celui qui devient transmetteur devient plus rare, et donc plus précieux.
Le présentiel ne disparaît pas pour autant : aux États-Unis, il représente encore 28 % des heures de formation, presque autant que l’e-learning (34 %), d’après le dernier Training Industry Report. Mais il doit monter dans la chaîne de valeur.
Former à grande échelle et créer une lignée
Stéphane Maarek a formé des millions de personnes à AWS, et beaucoup disent « j’ai appris avec lui ». Il prouve qu’on peut faire les deux : former à grande échelle et créer une vraie lignée.
L’IA remplacera la formation, pas la transmission. L’avenir du formateur dépend de la part de transmission qu’il saura mettre dans son métier.
Publié initialement sur LinkedIn.